Nous arrivons à l'Ile des Pins un peu après 18 heures et il fait déjà nuit noire. Le soleil se couche et se lève également très tôt, vers 5 heures. Une dame du camping est à l'aéroport et nous amène au camping, au sud de l'île qui compte 2 800 habitants. C'est vraiment un endroit très sympa pour poser sa tente : c'est bien ombragé, il y a de grands farés éclairés le soir pour manger et chaque faré a une prise pour recharger les appareils électroniques, les sanitaires sont grands et propres, il y a même internet (enfin par intermittence, donc on peut au moins lire nos mails).
Banian du camping
L'île est appelée Kunié en langue locale, le Kwényï. En effet, il n'y a pas une mais plus d'une trentaine de langues kanaks. Ces dialectes n'ont jamais fusionné avec le français contrairement au créole aux Antilles ou à la Réunion.
Dès le lendemain matin, nous ne perdons pas de temps puisqu'à 7h30, le minibus du club de plongée nous attend. Nous avons deux plongées de prévues, la première sera dans la passe Gié et la seconde dans la vallée des gorgones.
Sur le bateau de plongée
Les deux plongées sont très chouettes, plus d'une heure à chaque fois avec d'innombrables coraux de toutes les couleurs, de grandes gorgones, des thons, deux requins gris, des nudibranches colorés (petites limaces des mers), des crevettes transparentes, un gros barracuda, des poissons coffres, anges, clowns... bref, pleins de belles choses et en prime, un coquillage parcouru par des arcs électriques et des hippocampes pygmés.
Dans cette vidéos se cachent des hippocampes pygmés !
Ces derniers mesurent moins d'un centimètre et nous ne les aurions jamais vu si le moniteur ne nous les avait pas montrés. En fait, ils sont toujours sur le même type de gorgone et légèrement plus clairs ce qui permet de les repérer.
Plume de mer
Poissons clowns à deux bandes
Quand on vous dit que les gorgones sont belles ;-)
Le guide est très sympa et le gérant du club, bien que métro, s'attache à faire travailler des mélanésiens, deux de ces moniteurs sont donc originaires de l'île. En revanche, il dit qu'actuellement, il est difficile de trouver des jeunes fiables et de confiance car très nombreux sont ceux qui boivent et fument de l'herbe, difficilement conciliable avec le métier. Il nous raconte aussi que son année va être catastrophique car il y a une très forte baisse de fréquentation sur l'île. Il sent le climat se tendre et pense que cela va exploser dans peu de temps entre les différentes populations, mais que c'est un mal nécessaire. Lui a de plus en plus envie de regagner la métropole.
Entre les deux plongées, nous avons le plaisir de contempler l'Ile des Pins depuis la mer et cela vaut le coup !
Nous sommes entourés de petits îlots inhabités découpés par les vagues, couverts de pins colonnaires contrastant avec le bleu turquoise du lagon, splendide. On nous a dit que l'une des saisons de l'émission Koh Lanta a été tournée sur l'un de ces îlots, il y a pire comme endroit pour jouer au Robinson !
Seul petit bémol de la sortie, nous étions un peu trop nombreux sur le bateau (une quinzaine sur un Zodiac), le grand bateau étant en panne, il a fallu s'entasser sur le petit.
L'après-midi, nous passons un moment à marcher pour faire des courses car l'île est grande et nous n'avons que nos pieds comme moyen de locomotion. L'une des épiceries est en face de l'ancien bagne où furent déportés jusqu'en 1912 des prisonniers politiques parmi lesquels quelques 3 000 communards (dont Louise Michelle), des kabyles et des révoltés kanaks. Ce sont eux qui ont aménagé les premières infrastructures de l'île : routes, bâtiments, châteaux d'eau...
Un peu plus tard, nous faisons un petit tour dans les deux baies toutes proches du camping, Kuto et Kanuméra. Au centre de cette deuxième, un caillou se détache du lagon et est couvert de végétation. Il est considéré comme sacré, des tikis sont visibles et un panneau précise qu'il est interdit d'y monter.
Baie de Kanuméra
Baie de Koné
Le lendemain, nous partons en excursion pour découvrir deux îlots. Le bateau nous attend devant la plage du camping. Nous serons 9 personnes plus le capitaine mais le bateau est grand et luxueux, un pare-soleil nous protège et nous prenons confortablement place sur les banquettes. Après 25 minutes de navigation et être sortis de la barrière de corail, nous accostons sur l'un des îlots de l'atoll Nokanhui.
Il est constitué d'une grande langue de sable blanc et se termine par un petit caillou couvert de végétation où nichent des aigles pêcheurs... le paradis n'est plus très loin !
Aigle pêcheur
Après un rapide petit bain, retour sur le bateau direction l'îlot Moro où nous allons manger. En chemin, nous nous attardons sur une étendue sableuse peu profonde où l'on aperçoit un requin léopard, des raies pastenagues et une tortue. Une fois encore, pleins d'îlots peuplés de pins colonnaires se détachent sur la mer.
Nous débarquons ensuite sur l'îlot Moro et nous sommes rapidement invités a déguster un cocktail de bienvenue accompagné de coco grillée, ça a un très bon goût de fumé. La décoration du lieu est soignée, pleins de coquillages suspendus partout, de tressages en feuilles de palmiers, d'anciennes bouées de pêche et de fleurs, c'est très réussi.
Nous nous installons ensuite sous un faré avec un autre couple de notre camping qui est plutôt sympa.
Pour le repas, là aussi, c'est le luxe ! Langouste en entrée (on a craqué !), plus d'une demi-bête par personne accompagnée de mayonnaise et d'une très bonne salade de papaye verte. C'est la seule langouste que nous mangerons en Océanie alors on déguste !
Elise a épargné la marmotte mais pas la langouste !!!
Ensuite, le plat est composé de deux poissons, une loche marbrée et un poisson chirurgien. Le second est un peu plus gras et a plus de goût. Comme accompagnement, nous goûtons au riz coco et l'igname. En revanche, le dessert composé de papaye fraîche et de pêche en boîte est un peu moins savoureux à notre goût (surtout quand l'on n'aime pas la papaye, ce qui est notre cas, sauf pour la papaye verte).
Après ce festin, nous "roulons" jusqu'à la mer pour admirer ce qui se cache dans le corail. C'est marée basse et il y a très peu d'eau, il est compliqué de nager sans toucher le corail qui est très coupant... Elise fait une caresse au corail au passage avec sa jambe, mais du coup le corail a gagné. Elle poursuit donc la visite de l'île pas une petite séance photos du paysage.
Il y a pas mal de nudibranches dont un énorme d'environ 25 centimètres. Nous croisons également un tricot rayé, il y en a pas mal ici ce qui déplaît fortement à Elise qui n'aime pas les serpents. C'est un petit reptile que l'on trouve aussi bien dans l'eau que sur terre et qui a l'un des venins les plus puissants du monde animal... heureusement, il a une toute petite bouche et ne peut pas mordre l'homme sauf la fine peau qui est entre les doigts. Il n'est pas agressif et il suffit de ne pas l'embêter. En fin de baignade, nous découvrons un requin pointe blanche qui sommeille dans une cavité. Et puis c'est déjà l'heure de rentrer.
Après cette chouette excursion, nous voulons monter au sommet de l'île, le Pic N'ga (262 mètres) qui permet d'avoir un très beau point de vue sur les baies de Kuto et Kanuméra. Malheureusement, il se met à pleuvoir et le ciel est bien bouché. Du coup, changement de programme. Quitte à être mouillés, autant se mettre à l'eau ! Nous faisons le tour du rocher de la baie de Kanuméra.
Le paysage est chouette mais sous l'eau, la quasi totalité des coraux sont morts. L'on observe tout de même des poissons clowns et un tricot rayé.
Pour notre dernière journée sur l'île des Pins, nous hésitons entre une balade en pirogue et louer des vélos. La pluie étant au rendez-vous, nous optons pour les vélos car nous pourrons ainsi nous mettre à l'abri si besoin.
Les premiers kilomètres se font sous la pluie. Nous pédalons jusqu'au village de Vao situé au sud de l'île. Nous trouvons refuge dans l'église le temps que l'averse se calme un peu.
Eglise de Vao
Plafond de l'église
Ensuite, nous allons admirer un site cérémoniel dans la baie de Saint Maurice. C'est un monument commémorant la mémoire des missionnaires de l'île mais entièrement entouré de tikis traditionnels, le mélange est curieux.
Sur la place du village, un autre monument aux morts nous fait rire car les drapeaux français et kanak sont hissés mais ce dernier est beaucoup plus grand ! Ici, on est kanak avant d'être français, on s'en doutait un petit peu !
Nous quittons ensuite le village en direction du nord. On s'aperçoit rapidement que l'île n'est pas plate mais très vallonnée, ce n'est qu'une succession de faux plats. Après 1h30 d'efforts, nous arrivons à la baie d'Oro. Le site est réputé pour sa piscine naturelle. La mer rentre à marée haute au milieu de nombreux rochers et à marée basse, l'eau est piégée en même temps que les poissons !
Site de la piscine naturelle
Crabe violoniste
L'endroit forme une presqu'île dont nous faisons le tour en remontant la rivière de sable.
Rivière de sable
Arrivée sur la plage de la baie, nous cassons la croûte et Elise se met au dépeçage de coco, pas facile même avec un bon couteau !
Baie d'Oro
Nous terminons notre tour en longeant les luxueuses habitations du Méridien, où l'on croise beaucoup de Japonais dont un couple en train de déguster une bouteille de Champagne sur leur terrasse.
Nous entamons ensuite le sentier en direction de la baie d'Upi à une bonne demi-heure de marche au milieu d'une forêt dense où nous entendons d'innombrables chants d'oiseaux. La baie est belle avec de gros rochers au milieu mais, à marée basse, il y a beaucoup de vase. C'est un genre de baie d'Along en miniature, mais il manque tout de même un petit rayon de soleil.
Baie d'Upi
Après un agréable bain de pieds dans la boue, nous regagnons la piscine naturelle pour se baigner. Il y a beaucoup de coraux et de bénitiers, une multitude de poissons, c'est vraiment joli.
Après la nage, nous terminons notre journée triathlon par à nouveau du vélo ! En tout, nous avons du faire 40 km de vélo (aïe bobo les fesses, car on n'a pas l'entraînement de Didier), 10 km de marche et un peu de nage, on va bien dormir !
Pour le retour, nous optons pour passer par la côte ouest. La montée au centre de l'île pour changer de côte est longue et parfois raide ! Par contre, c'est une vraie récompense de pouvoir descendre en admirant le paysage.
Nous sommes de retour au camping juste à temps pour aller admirer un extraordinaire coucher de soleil sur la plage. L'eau, le ciel et les nombreux nuages deviennent rouge-orange pendant de longues minutes que nous savourons.
Après une courte nuit, c'est déjà l'heure de repartir... Notre vol a été décalé et nous devons nous lever à 5h30 pour ranger les affaires qui sont humides ou trempées...
Après 20 minutes de vol, nous voici à nouveau à Nouméa pour une escale de plusieurs heures avant notre départ pour l'île de Lifou. Sylvain en profite pour aller imprimer les documents qui nous permettrons de sortir de l'aéroport à Sydney et de rentrer au Vietnam. Pendant ce temps, Elise s'occupe de réserver le logement sur Lifou et de faire un peu sécher les affaires car le soleil est de retour ! A 13h20, notre avion décolle pour Lifou vers de nouvelles aventures !
Nous trouvons un petit faré aménagé en plein centre-ville, c'est-à-dire au bord de l'eau et attenant au marché communal. Cela nous permet de sortir le réchaud et nos provisions pour préparer notre dînette à la lumière et de manière plus confortable. Nous choisissons de dormir dans la voiture, car il fait déjà nuit et le temps est menaçant, donc l'envie de monter la tente sous la pluie nous fait défaut. Et bien figurez vous qu'on dort très bien dans la 206, on n'avait encore jamais testé la voiture d'Elise pour ça et finalement, ça le fait bien. On a même moins mal au dos qu'en camping ;-)
En pleine nuit, la pluie s'invite effectivement à la fête et nous sommes obligés de quasiment fermer les fenêtres, du coup au petit matin le pare-brise est couvert de condensation, mais bon le soleil est de retour.
Les dames commencent à s'installer au marché communal, qui n'est pas plus grand qu'une petite habitation de plein-pied, elles y vendent leur cuisine maison, donc dans des quantités artisanales. Nous décidons d'acheter quelques produits locaux pour notre pique-nique : de la banane râpée cuite dans la feuille de banane, des filets de sardines à l'huile (hé oui ici aussi ils en mangent), du pain un peu brioché et des gâteaux (enfin des espèces de beignets à la fois gras et tout secs, il faut le faire quand même !).
Après le petit-déjeuner, nous montons jusqu'au point de vue d'où l'on peut observer la fameuse poule de Hienghène, c'est une roche karstique en forme de poule en train de couver et c'est assez flagrant, pas besoin d'avoir beaucoup d'imagination pour voir son bec, sa crête et sa queue en panache. Bon on a cherché les oeufs d'or, mais ils ont déjà dus être ramassés. ;-)
La poule
Elise en profite également pour réviser la confection d'assiettes en feuilles de cocotier, apprises à Fakarava avec Tiaré et Lindsey, afin de ne pas perdre la main. Après quelques tâtonnements le résultat est vraiment là. Nous continuons notre apprentissage de Robinson.
Atelier tressage d'assiette en feuilles de cocotier
Puis, nous décidons de reprendre le bac de Ouaième, cette fois-ci de jour, afin d'aller voir les chutes d'eau de Tao à proximité. La traversée ainsi que le point de vue sont assez agréables. Par contre, arrivés aux chutes, le sentier est fermé à cause de la pluie de cette nuit. Nous les verrons donc simplement du pont.
Bac de Ouaième
Chute de Tao
Nous rentrons donc à Hienghène pour nous installer au camping qui gère également le club de plongée avec qui nous aimerions sortir.
Le camping est très bien situé, en bord de mer avec beaucoup de verdure, cocotiers et autres essences locales et un grand faré qui abrite de grandes tablées.
Nous nous renseignons pour les plongées, car nous aimerions pouvoir plonger dès le lendemain, malheureusement cela n'est pas possible car cela tombe sur le jour de repos du moniteur. Et finalement, l'après-midi, Thierry, le gérant, nous dit qu'il a une de ses monitrice qui revient le lendemain et souhaiterait faire une dernière plongée avant de quitter la Nouvelle-Calédonie. Donc très bonne nouvelle pour nous, beaucoup moins pour le moniteur.
Le lendemain, c'est parti pour de nouvelles découvertes subaquatiques. Comme nous sommes en présence de 3 moniteurs, Sylvain y compris, nous allons plonger sur 2 superbes sites à 1h de navigation environ (ce qui est plutôt rare juste pour 2 clients, nous sommes veinards sur ce coup-là !).
La première plongée a lieu sur un récif qui est tabou, c'est-à-dire sacré pour les Kanaks, car il s'agit du passage des morts dont l'âme part rejoindre la mer. Il faut l'autorisation du chef de tribu pour avoir le droit d'y pénétrer. Le club est donc le seul à y être autorisé et n'y plonge qu'exceptionnellement.
Nous commençons notre immersion en passant sous deux magnifiques arches. Le site est vraiment fabuleux avec une grande diversité et richesse au niveau du corail qui est très coloré, il y a beaucoup de vie également. Baptiste, le moniteur, est content car en trois mois il a parcouru ce site qu'une ou deux fois. De plus, pour une fois, il peut descendre un peu et nous emmène jusqu'à 40m. L'eau est plus fraîche qu'en Polynésie, environ 23°C (contre 28-29°C), et nous apprécions bien d'être en combinaisons longues et plus épaisses. Nous ressortons ravis de cette première plongée.
Après une pause d'une heure, nous repartons sur un autre site à proximité et non moins original car c'est une succession de canyons et d'arches avec à nouveau de nombreux poissons. Le relief est vraiment très chouette ! Nous apprenons par Thierry, après la plongée, que l'équipe de tournage du film Océan (un de nos préférés) est venue ici pour capturer des images et que celles-ci apparaissent dans le film quelques secondes (nous avons hâte de le revoir une nouvelle fois du coup).
Après ces deux superbes plongées, nous déjeunons rapidement, car nous souhaitons profiter de notre après-midi pour aller faire du canoë sur la lagune juste à côté. Il s'agit d'un bras de mer qui rentre dans les terres mais avec des eaux très calmes. Le tout est entouré de mangrove et de roches karstiques. La vue est splendide ! Nous pagayons tranquillement en parcourant toute la lagune et faisons quelques pauses photos. Une petite balade de 2h fort agréable.
Pour regagner le camping par contre, il faut sortir les pagaies afin de franchir la barre de vagues qui rentrent devant la lagune. Mais avec Sylvain aux commandes, ça passe tout seul. Nous profitons de notre dernière soirée à Hienghène avant de mettre le cap plus au sud.
Le lendemain, nous continuons le long de la côte est jusqu'à Poindimié. Là, nous voyons une très belle case Kanak et nous avons de la chance car des membres de la tribu à qui elle appartient sont là et celle-ci est ouverte. Nous nous approchons timidement car nous aurions aimé prendre des photos de la case. Ici c'est avec beaucoup de respect que l'on accède aux sites Kanaks, souvent en demandant l'autorisation au chef de tribu. Et finalement, ce sont eux qui nous proposent de prendre des photos et surtout de rentrer à l'intérieur de la case. Ils se sont en fait réunis car l'artisan ayant réalisé la flèche destinée à orner le toit de la case est venu la livrer. Il y a deux magnifiques tiki (statues de bois représentant les esprits des ancêtres) qui ornent l'entrée et d'autres qui constituent les poteaux de soutient à l'intérieur.
La flèche est vraiment superbe, elle comporte évidemment un tiki surmonté du symbole Kanak.
Le sculpteur nous parle un peu de son travail et de ses oeuvres majeures dans la région de Bourail ou encore pour le Musée du Quai Branly à Paris.
Il nous raconte aussi qu'il a mis en place des ateliers pédagogiques pour continuer à transmettre et faire vivre, voir faire redécouvrir, la culture Kanak auprès des plus jeunes.
En effet, on sent un fossé avec la génération des 20-30 ans qui semble un peu perdue entre modernité et tradition, se réfugiant dans l'alcool et le cannabis. Auparavant, tout était organisé autour de la tribu où chacun avait des devoirs mais recevait en retour l'entraide collective. Par exemple, impossible que quelqu'un ait faim.
La société de consommation leur a créé des besoins qu'ils n'avaient pas auparavant et détraquant une société qui fonctionnait très bien toute seule et était auto-suffisante.
Puis nous retraversons l'île d'est en ouest afin de nous diriger vers Nouméa, passage obligé pour rejoindre la pointe à l'extrême sud.
Nous en profitons pour aller visiter le fort de Moindou qui était fermé lors de notre passage sur la côte ouest.
Ce fort bâti en 1871 à l'époque de Napoléon III servait de bagne pour les criminels envoyé de métropole. Il a remplacé celui de Cayenne où la mortalité était trop forte.
Il s'agissait d'un moyen de coloniser un peu plus ce territoire devenu français en 1853 car une fois leur peine accomplie, les bagnards étaient contraints de rester sur le territoire encore la même durée que leur peine pour les condamnations de moins de 8 ans. Au-delà, ils avaient l'obligation de rester à vie sur l'île.
Les bagnards étaient classés en 4 catégories, appartenant automatiquement à la 3ème à leur arrivée, ils pouvaient monter de catégorie grâce à "leur bon comportement".
Dans la 4ème étaient relégués les bagnards qui refusaient de se soumettre à la discipline.
Portes des celulles
Guillotine qui servait pour exécuter les condamnés à mort
Les bagnards appartenant à la 1ère catégorie pouvaient se voir attribuer un lopin de terre à exploiter en brousse. Ils avaient en contre-partie l'obligation de faire fructifier cette terre, tout d'abord en la défrichant puis en la cultivant ou en y développant l'élevage. Une partie de leur récolte revenait au bagne.
Les bagnards qui échouaient se voyaient retirer cette terre et retournaient au bagne. Ceux qui réussissaient devenaient propriétaires de la terre à l'issue de leur peine.
Afin de peupler davantage la Nouvelle (comme on l'appelait à l'époque), il fût décidé d'envoyer des femmes là-bas par plusieurs biais, proposer aux femmes de bagnards de rejoindre leurs époux avec leurs enfants s'ils en avaient, proposer à des femmes célibataires qui avaient été reprises pour récidive pour de petits larcins en métropole de venir prendre époux parmi les ex-bagnards, et enfin proposer à des célibataires volontaires (sûrement endurcies).
Ensuite, bagnards et femmes célibataires se rencontraient pour se choisir mutuellement.
Voilà d'où viennent les Caldoches et pourquoi se sont souvent de riches propriétaires terriens à présent.
Les terres ayant servies pour bâtir les différents bagnes en Nouvelle-Calédonie et celles attribuées aux anciens bagnards ont étaient saisies, sans leur accord évidemment, aux Kanaks.
Voyant leur territoire diminué au fil du temps et reclus de plus en plus sur les terres les plus pauvres, Ataï un chef de tribu décida de mener la révolte en 1878 contre cette colonisation invasive, d'autres tribus de la région de la Foa, Bourail et Canala se joignirent à lui, mais ils furent finalement matés au bout de quelques mois dans un véritable bain de sang (plus de 1 000 kanaks tués).
A l'issue de ce conflit, certaines de ces tribus ont totalement disparues, d'autres ont été dispersées. Les acteurs de cette rébellion furent expédiés au bagne de l'Île des Pins ou de Belep (île au nord).
Aujourd'hui la majorité des tribus Kanaks sont concentrées à l'est de l'île, là où il n'y pas de minerai à exploiter et où les pluies sont beaucoup plus fréquentes.
C'est aussi la partie la plus sauvage de l'île et la plus jolie finalement.
Les gens y semblent franchement accueillant et vous saluent dès qu'ils vous croisent, même si vous êtes en voiture.
Les exploitations minières sont nombreuses car la terre est parmi celles au monde où l'on trouve les plus fortes concentrations de nickel, c'est donc une terre très riche et lucrative (mais qui n'appartient quasiment plus aux Kanaks).
On sent donc un vrai clivage entre riches blancs de Nouméa ambiance Côte d'azur et Kanaks, beaucoup plus pauvres et davantage style reggae, dreadlocks, nature et traditions.
Nous sommes dimanche en fin d'après-midi et nous tombons dans les retours de week-ends vers Nouméa, nous n'auront jamais vu autant de voitures de notre séjour. Jusque là, nous étions quasiment tout seuls et croisions une voiture assez rarement.
Nous tournons près d'une heure dans la capitale afin de trouver notre chemin vers le cap sud, c'est-à-dire la ville de Yaté. Ici, ils sont un peu fâchés avec les panneaux de signalisation, donc on est super contents quand on en trouve un, jusqu'au prochain rond-point où là plus rien n'est indiqué et on choisi au hasard.
Le hasard nous promène donc un bon moment, mais nous finissons enfin par trouver notre route, et même avec le recul, pas évident du tout quand on n'est pas d'ici.
Il fait déjà nuit quand nous quittons Nouméa et là, une longue et sinueuse route de montagne nous attend.
Nous décidons de nous arrêter avant Yaté et au premier endroit où l'on peut camper. Ce sera à l'entrée du parc de la rivière bleue. Nous trouvons une table de pique-nique abritée bienvenue car il commence encore à pleuvoir. Donc ça sera à nouveau une nuit dans la voiture (pour le plus grand plaisir de notre dos ;-).
Au petit matin, on se rend compte que le parc est fermé le lundi, pas de chance, il faudra repasser. Nous avons un robinet d'eau à côté de notre table et en profitons pour faire notre toilette avant de repartir vers Yaté.
En chemin, nous nous arrêtons à deux points de vue situés aux alentours du col de Yaté. La vue est vraiment superbe et malgré le temps gris on distingue bien les contrastes entre le vert de la végétation et cette terre rouge ocre intense.
La ville, enfin le village de Yaté, présente peu d'intérêt. Juste une place centrale, enfin, un arbre qui sert de rond-point, une pompe à essence, une épicerie hors de prix et une église. Voilà, on a fini le tour de la place et du village par la même occasion.
Nous remontons ensuite vers le col pour aller voir le barrage d'où l'on voit la "forêt noyée", des troncs de chênes gommes, arbres imputrescibles qui sont toujours au milieu du lac car ils résistent à l'eau. Bon, en ce moment, ils ne sont pas vraiment noyés car le lac est quasiment à sec.
Nous nous rendons ensuite aux chutes de la Madeleine, un endroit très agréable situé en bord de rivière. Ils en ont fait depuis peu un endroit protégé avec tout un projet de plantations, de protection et de sensibilisation aux espèces endémiques car en raison d'une trop forte fréquentation, le site était en piteux état. Situé a à peine 1h de Nouméa, on comprend qu'il attire les foules en quête de nature le week-end.
Il est à présent interdit de s'y baigner mais le ticket d'entrée vous permet d'accéder à un endroit à proximité aménagé pour la baignade et le pique-nique, nous y passerons tout le reste de l'après-midi à l'ombre de notre faré.
La plate-forme pour se jeter à l'eau ;-)
Le faré pour le pique-nique
Il y a même des sanitaires donc nous en profitons pour prendre une vraie douche avant de repartir vers notre lieu de camping-voiture de la veille. Situé aux portes du parc, nous serons aux premières loges pour aller le visiter dès l'ouverture le lendemain.
Après une bonne nuit dans la chambre 206 ;-), nous attaquons la visite du parc. Une partie est accessible en voiture et pour l'autre un système de navette est mis en place pour vous amener jusqu'aux différentes sites.
Nous commençons par le site de la forêt noyée (pas noyée en ce moment ;-), puis celui du grand Kaori, un immense arbre dont le tronc atteint une circonférence de 2,70m, un sentier botanique décrit une petite boucle aux environs de l'arbre.
Forêt noyée
Le grand Kaori
(l'arbre pas le grand bonhomme en bleu et gris ;-)
Nous continuons notre chemin jusqu'à la boucle des 3 forêts sur le versant opposé, qui vous offre une vue panoramique sur la forêt avec au milieu le Kaori, tel un géant au milieu de Lilliputiens.
Nous finissons par une dernière boucle de 45 minutes à travers la forêt et jusqu'au pont germain d'où nous prenons la navette retour.
Vue sur la rivière bleue depuis le pont germain
Nous retournons ensuite sur Nouméa en faisant un crochet par chez Carole afin de nous alléger d'une bonne partie de nos affaires pour nos vols vers les îles car nous avons le droit qu'à 12 kg et avec le matériel de camping, ce n'est pas gagné d'avance. Ronald est là pour nous accueillir. Et là commence le jeu de la balance pour que tout rentre dans le poids imparti. Le temps file vite et nous devons encore aller laver la voiture avant de la rendre à l'aéroport, elle en a bien besoin ! Là, il est beaucoup plus facile de trouver l'aéroport, un premier panneau, un peu de chance et on aperçoit des avions, nous sommes sur la bonne piste ce coup-ci.
Dans 20 minutes, nous serons déjà sur l'île des Pins.