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jeudi 9 octobre 2014

Top 5 d'Amérique du Sud

Coucou, 

Lors de nos rencontres en Amérique Latine, l'une des questions les plus fréquentes a été : "Qu'avez-vous le plus aimé ?". 
Bien qu'il soit quasiment impossible d'y répondre car la variété des endroits que nous avons visités ne permet pas facilement la comparaison, nous nous sommes lancés dans un petit jeu "Top 5". Le premier choix est celui d'Elise, le second, celui de Sylvain.


Top 3 Elise / Sylvain, pays :
1. Argentine / Idem
2. Pérou / Bolivie
3. Bolivie / Pérou


Top 5 Elise / Sylvain, villes et capitales :
1. Cuzco (Pérou) / Valparaiso (Chili)
2. Sucre (Bolivie) / Cuzco (Pérou)
3. Valparaiso (Chili) / Sucre (Bolivie)
4. Salta (Argentine) / Cuenca (Equateur)
5. Santiago (Chili) / Salta (Argentine)


Top 5 Elise / Sylvain, villages : 
1. El Chalten (Argentine) / Cachi (Argentine)
2. Carlos Pelegrini (Argentine) / El Chalten (Argentine)
3. Rurrenabaque (Bolivie) / Idem
4. Humahuaca (Argentine) / Carlos Pellegrini (Argentine)
5. Cachi (Argentine) / Iruya (Argentine)


Top 5 Elise / Sylvain, musées :
1. Musée des Tombes Royales du seigneur de Sipan (Lambayeque, Pérou) / Idem
2. Musée Larco (Lima, Pérou) / Idem
3. Musée du bi-centenaire (Buenos Aires, Argentine) / Musée des textiles (Sucre, Bolivie)
4. Musée de la mémoire (Santiago, Chili) / Idem
5. Musée de l'Inca (Cuzco, Pérou) / Musée du bi-centenaire (Buenos Aires, Argentine)


Top 5 Elise / Sylvain, nature et paysages :
1. Les chutes d'Iguazu (Argentine, Brésil) / La Patagonie (Argentine, Chili)
2. Le Salar d'Uyuni et le Sud Lipez (Bolivie) / Les chutes d'Iguazu (Argentine, Brésil)
3. La Patagonie (Argentine, Chili) / Le Salar d'Uyuni et le Sud Lipez (Bolivie)
4. La Cordillère Blanche (Huaraz, Pérou) / La vallée de Belen (Chachapoyas, Pérou)
5. L'île de Pâques (Chili) / La Cordillère Blanche (Huaraz, Pérou)


Top 5 Elise / Sylvain, lieux où observer des animaux :
1. Galapagos (Equateur) / Idem
2. Parc de Madidi Selva et Pampa depuis Rurrenabaque (Bolivie) / Idem
3. Les baleines à Puerto Lopez (Equateur) / Esteros del Ibera (Argentine)
4. Esteros del Ibera (Argentine) / Les baleines à Puerto Lopez (Equateur)
5. Ushuaia (Argentine) / Idem


Top 5 Elise / Sylvain, gastronomie :
1. La viande argentine (boeuf et mouton) accompagnée de vin rouge ! / Idem
2. Les empanadas / Les jus et salades de fruits sur les marchés en Bolivie
3. Le pisco sour / Les alforojes au nord du Pérou, deux sablés avec du dulce de leche au milieu
4. Le poisson grillé au barbecue dans les rues Puerto Ayora aux Galapagos / Idem
5. Les fruits exotiques (mangue, chirimoya, ananas, maracuya, tumbo...) / Le ceviche péruvien


Top 5 Elise / Sylvain, cultures ou sites archéologiques : 
1. Les Incas, Machu Pichu et la vallée sacrée (Sacsayhuaman, Moras, Ollantaytambo) / La culture Rapa Nui et les Moai de l'Ile de Pâques (Chili)
2. Les Mochicas avec leurs visages en céramique et les huacas (Trujillo, Pérou) / Idem
3. La culture Rapa Nui et les Moai de l'Ile de Pâques (Chili) / Les Incas, Muchu Pichu et la vallée sacrée (Sacsayhuaman, Moras, Ollantaytambo)
4. Les Chimus et leur capitale Chan Chan (Pérou) /  Les Chachapoyas avec les sarcophages dans la montagne et Kuélap (Pérou)
5. Les Chavins et le monolithe du Lanzon (Cordillère Blanche, Pérou) / Idem


Top 5 Elise / Sylvain, hébergements : 
1. Nothofagus B&B (El Chalten - Argentine) / Costa Azul (Valparaiso - Chili)
2. Costa Azul (Valparaiso - Chili) / Hosteria Alpaca Quilotoa (Equateur)
3. Hosteria Alpaca Quilotoa (Equateur) / Nothofagus B&B (El Chalten - Argentine)
4. Hôtel sur l'Isla del Sol (Bolivie) / Rusty-K hostal (Cafayate - Argentine)
5. Posada del Rio (Cuenca - Equateur) / Hôtel sur l'Isla del Sol (Bolivie)

Voilà pour ce dernier article sur l'Amérique du Sud. Nous changeons à présent de continent, direction l'Océanie !

A bientôt

dimanche 17 août 2014

Chachapoyas

Nous voilà donc à Chachapoyas (Chachas pour les intimes ;-) après une nuit un peu agitée dans le bus qui roulait vite sur les petites routes sinueuses de montagne... 

La région est peuplée de nombreux sites archéologiques non fouillés (plus d'une trentaine), pour la plupart encore enfouis sous la foret et seulement accessible à pied. Ils ont été construits par les Chachapoyas, "le peuple des nuages", entre 800 et 1470. Ce peuple guerrier est resté assez isolé et l'on sait peu de chose à leur propos. Ils opposèrent une farouche résistance aux Incas et ne furent jamais totalement soumis à leur culture et à leur langue (le Quechua). Certains s'allièrent même aux espagnols pour se débarrasser des envahisseurs Incas.

Ici, nous sommes à la limite entre l'Amazonie et les Andes, la région est encore montagneuse mais déjà couverte de végétation.


Nous contactons une agence car nous voudrions faire un trek à l'ouest de Chachas passant par la vallée de Belen, le trek de Gran Vilaya. Les premières agences que nous visitons ne font que des excursions à la journée. Nous en trouvons enfin une qui nous propose de partir dès le lendemain.
Nous voilà donc partis pour 4 jours et 3 nuits de balade. Nous préparons les sacs quand, à 23h, on frappe à la porte de notre hôtel... La dame de l'agence nous dit que le guide ne sera pas en état de faire le trek car c'est la fête patronale du village (elle dure 2 semaines...) et qu'il risque de ne pas être très frais pour nous accompagner !
A la place, elle nous propose d'aller voir les chutes d'eau de Gocta et de reporter le trek d'une journée. 

Nous acceptons et nous rendons à l'agence le lendemain pour visiter les chutes. Elle nous dit que finalement, le guide est partant et que nous pouvons commencer le trek dès aujourd'hui... (en fait celui-ci a eu un petit accident de moto, les priorités à droite ne sont pas souvent respectées ici et le conducteur de la voiture qui l'a percuté était fortement alcoolisé).

Retour à l'hôtel en catastrophe, nous finissons de préparer les sacs et montons dans la voiture qui nous attend devant l'agence. Deux Suisses francophones de notre âge sont déjà installés à l'arrière, David et Carlos, nous allons passer les 4 jours avec eux. Entre deux sessions de surf, ils ont décidé de venir visiter un peu l'intérieur du pays. De plus, Carlos travaille depuis plus d'un an à Chiclayo et connaît pleins de choses sur le Pérou.

David (à gauche) et Carlos (à droite)
Hector, un jeune et habile chauffeur, nous conduit jusqu'au village de Luya où nous retrouvons notre guide, Ronald, qui a tout de même l'air un peu fatigué et passera le voyage à dormir dans le coffre. Nous commençons ce premier jour par la visite de la ville des morts, surnommée ainsi car de nombreuses tombes et sarcophages Chachapoyas y ont été retrouvés. Ronald nous indique le chemin qui descend rapidement à flanc de montagne, il cavale loin devant comme il fera tout au long du trek... De l'autre coté de la vallée, nous apercevons l'impressionnante chute d'eau de Gocta, réputée la 3e plus haute du monde, elle mesure 771 mètres (en deux parties). 


Nous continuons la descente et distinguons une série de petites "dents" à flan de colline qui sont des sarcophages.


Seulement, un portail fermé à clef nous barre le chemin. Le guide n'a pas la clef (il essaye avec la clef de sa chambre, au cas où...). Il nous propose de faire le tour des barbelés au-dessus de la falaise, mais bon, on le sent pas trop donc on ne pourra pas s'approcher plus, dommage ! Nous remontons par un autre chemin où nous croisons d'autres sépultures (dont certaines profanées il y a quelques mois pour revendre les momies) et quelques fondations de maisons, on aperçoit quelques ossements humains de-ci de-là.



Cela semble incroyable que des gens aient pu habiter sur ce flanc de colline abrupte. Ronald nous explique que c'était un peuple de guerriers pour assurer leur propre défense et qu'ils habitaient par conséquent dans des lieux difficilement accessibles. 

Le deuxième site de la journée se nomme Karajia. Ce coup-ci, nous pouvons nous approcher car il n'y a pas besoin de clef... Nous découvrons dans une vire de la falaise six sarcophages dont les plus grands dépassent les deux mètres.


Ils sont fait en bois, en argile et en paille et renferment des momies de l'élite Chachapoyas (chamans, grands guerriers ou chefs). A l'origine, ils étaient 8 mais deux ce sont écroulés (le troisième et le huitième). Tous les tombeaux de cette civilisation sont tournés vers l'est. Deux crânes surplombent les sarcophages, ce sont des trophées. Sur la même falaise se trouvent d'autres sarcophages de formes différentes, l'un en forme de rectangle avec un masque incrusté par exemple.



Nous remontons dans la voiture et nous dirigeons vers notre auberge située dans la Vallée de Belen. La vue est splendide, des collines vertes découpent une vallée où serpente un court d'eau. C'est la première fois que nous apercevons un paysage de ce type. 


Le refuge semble perdu dans cette incroyable vallée de vertes prairies où se côtoient vaches et chevaux. 


Le lendemain, nous remontons la vallée à pied, puis bifurquons sur la droite afin de commencer une petite ascension. Le paysage nous régale plus que le maigre pique-nique composé d'un paquet de cacahuètes, de gâteaux secs, d'un carré de chocolat blanc et de deux fruits... heureusement, on pourra se rattraper le soir !


Après le passage du col, nous quittons le sentier pour visiter le site de Pirquilla. On distingue encore clairement les murs ondulés des terrasses sur lesquels se trouvaient les maisons rondes des Chachapoyas. Il faut cependant pas mal d'imagination pour se représenter le site qui est désormais entièrement noyé sous la végétation. 



Nous descendons ensuite jusqu'au petit village de Congon où nous passons la nuit. On a l'impression que rien ici n'a changé depuis 30 ans. Les gens vivent surtout de la culture du café, une quantité d'animaux se promènent dans les rues en terre : poules, canards, cochons, chevaux, ânes, pintades...



La douche est ouverte à hauteur de tête et offre une très jolie vue sur la vallée. ;-) La végétation est luxuriante et nous avons un peu l'impression d'être déjà arrivés en Asie du Sud Est, Carlos qui connaît confirme la ressemblance. 


Le troisième jour est le plus dur car une ascension d'au moins 5h avec 1 300 mètres de dénivelé nous attend. Comme Elise n'a pas trop aimé la descente de la veille car le terrain est très abîmé par les pluies fréquentes, elle choisit l'option "cheval" et ne le regrettera pas ! Le début du chemin est relativement plat et nous faisons une petite pause afin de goûter un alcool de canne local. Ici, tout est fait à l'ancienne, de la presse à l'alambic.



Un peu plus loin, la pente s'accentue et le sentier n'est plus qu'un long chemin de boue... même le cheval d'Elise a du mal à ne pas tomber tellement le terrain est mauvais et glissant. Nous mettrons près de 6 heures pour arriver au sommet à Yumal (3 400 m) avec seulement quelques minutes de pause et 3 abricots secs dans le ventre car le guide n'avait rien prévu à manger avant la fin de la randonnée... 

Au milieu de la montée, nous visitons le site de Lanche qui est très semblable à celui découvert la veille. 

Nous arrivons en haut épuisés, à court d'énergie et sous une pluie glaciale... Elise descend de son vaillant destrier et retrouve la terre ferme ! (hé non, elle ne descendra pas de la montagne à cheval ;-) Pour redescendre, la vue étant complètement bouchée, nous optons donc pour la route en espérant croiser une voiture et nous finissons la randonnée à l'arrière d'un pick-up !


En bas, dans le village de Choctamal, une bonne truite grillée, un thé et une douche chaude nous attendent pour nous remettre. L'après-midi, petite sieste de... 4h30 histoire d'attaquer le dîner en pleine forme !


Le lendemain, nous grimpons dans un collectivo pour rejoindre la citadelle de Kuelap, au sud-est de Chachas. Cette forteresse ovale de 700 mètres de long aurait nécessité plus de pierres pour sa construction que la grande pyramide d'Egypte ! Perchée à 3 100 mètres de haut sur un grand plateau, on la distingue de très loin. 

On distingue la muraille sur le plateau au 2e plan
La vue sur les montagnes cultivées environnantes est impressionnante et nous empruntons à pied un petit sentier pour rejoindre l'entrée principale du site.


Il n'y a que trois portes pour franchir les immenses remparts haut de 6 à 12 mètres, formé de murs ondulés entourant tout le site.


Chacun de ces corridors se rétrécit pour être juste assez large pour une seule personne de façon à être facilement défendu.


A l'intérieur se trouvent 500 habitations réparties sur 4 niveaux. Seuls les deux premiers niveaux peuvent se visiter, les deux derniers, ceux de l'aristocratie sont peu stables et en cours de fouilles. On distingue de nombreux murs arrondis caractéristiques des habitations de cette civilisation.


Les maisons étaient hautes de près de 6 mètres et l'on pense qu'il existait un second étage utilisé pour stocker les denrées alimentaires (céréales), lui-même surmonté par un toit de chaume pointu pour faciliter l'évacuation de l'eau. Un petit mur creux au milieu de la maison servait à élever les cuys (cochons d'Inde). Certains murs sont décorés avec des frises représentant certainement un serpent, symbole de l'eau.

Le site expliqué par notre guide, Ronald
A son apogée, près de 3 500 personnes vivaient à Kuelap. A une extrémité trône une tour de garde avec une vue à 360°, impossible de prendre la forteresse par surprise, d'autant qu'un système de communication sonore avec les autres cités voisines permettait de se prévenir de tout événement. 


Si la majorité de la végétation a été nettoyée, les arbres à l'intérieur du site ont été laissés en place et sont couverts d'épiphytes et de broméliacées. Il y a même quelques lamas qui se promènent !


A l'autre extrémité de la citadelle, un bâtiment en forme de cône renversé intrigue.


Il est creux au centre et le trou en son sommet est d'une cinquantaine de centimètres puis il s'élargit en forme de bouteille. Les interprétations sont diverses : calendrier pour les uns (la lumière entre dans le bâtiment les jours de solstice), édifice religieux pour les autres (des os d'animaux sans doute sacrifiés ont été retrouvés sur le sol). Il est probable qu'un autre bâtiment du même type, mais beaucoup plus grand, était situé un peu plus loin sur le site mais il a été détruit par les Incas qui ont pris possession du lieu et tenté d'imposer leurs divinités. Les Chachapoyas n'ayant pas d'écriture, nous n'avons aucun moyen de connaître leur langue et aujourd'hui, les habitants de la région ne parlent que castillan. De plus, peu de céramiques ont été retrouvées et elles restent très basiques, seul quelques tissus trouvés dans les sépultures, leur architecture et les tombes témoignent de la richesse de cette civilisation.  

Suite à cette visite, on entame un très long périple en bus vers Guayaquil, en Équateur. En effet, il nous faut 1h pour redescendre de Kuelap vers Choctamal, notre étape déjeuner. Ensuite, 2h de minibus pour atteindre Chachapoyas, puis 10h de bus de nuit confortable jusqu'à Chiclayo. Arrivée en pleine forme à Chiclayo à 5h30 du matin, nous quittons les amis Suisses et sautons dans un bus vers le nord. Nous atteignons Piura en 2h, grignotons un morceau et remontons dans un autre bus (bien pourri celui-ci) pour rejoindre Tumbes 6h plus tard... Un peu vannés, nous sortons du bus et cherchons un taxi pour aller à la compagnie de bus Cifa qui propose des directs à destination de Guayaquil. Un homme nous propose de nous emmener et les employés de la compagnie nous disent qu'il est sérieux, pas de problème... sauf qu'il ne nous conduit pas du tout à Cifa mais nous fait traverser la frontière. Un autre taxi, équatorien cette fois, nous récupère et nous conduit à Huaquillas dans une société de transport privé pour Guayaquil. Le véhicule devait partir à 18h, finalement, nous ne partirons qu'à 20h. Le hic dans l'histoire est le tarif du service... le taxi nous avait annoncé 120 soles (40 €) par personne transport jusqu'à Guayaquil compris, sauf que l'on nous demande au final 120 $ (la monnaie en Equateur est le dollar US soit 100 €) par personne... et là, ça fait très cher le passage de frontière. Les arnaques de la sorte semblent monnaie courante à ce poste frontière réputé peu sur, cela nous servira de leçon. De plus, on relativise en se disant qu'il vaut mieux ça que de se faire piquer un sac ou dépouiller nos cartes bleues ou nos passeports... Bref, on va bien, on a pas eu peur, il fait chaud, on est en Equateur et c'est bien le principal !


Nous voilà donc dans notre 4ème pays en Amérique du Sud. Nous avons passé un mois plein de découvertes culturelles, culinaires, de paysages et d'échanges avec les gens. Le Pérou est vraiment un pays d'une extrême richesse et l'accueil est incroyable, surtout dans le nord, beaucoup moins touristique que le sud. 


Certaines petites choses nous ont amusées ou étonnées au Pérou :

* La campagne politique pour les municipales et l'équivalent des cantonales bat son plein alors que les élections à lieu dans... 3 mois. Énormément de murs sont peints aux couleurs d'un candidat (il y en a même un qui s'appelle Vera !)


* La quantité de restaurants chinois (chifa) et la présence un peu partout des figurines en forme de petit chat doré qui bougent la main pour souhaiter la bonne fortune, y compris dans les restaurants typiquement péruviens.

* Le système de collectivo où le conducteur est assisté par un rabatteur qui annonce la destination, fait monter et payer les gens. Ces minibus, comme en Bolivie, sont parfois des secondes mains venant du Japon, il y a encore des écritures japonnaises sur les vitres.

* L'obstination des gens dans le sud à vouloir nous parler en anglais alors qu'on leur répondait en espagnol... (Gringos = anglophones...)

* Le voyage dans un bus avec des cages à poules sur le toit (bonjour l'odeur !).

* Les taxis qui nous klaxonnent à tout bout de champ pour nous indiquer qu'ils sont libres (Gringos = je ne marche pas ;-)

* Le fait qu'il y ait de la nourriture partout et à toute heure, beaucoup de marchands ambulants qui vendent plein de friandises, et les gens qui passent leur temps à manger. Même les pharmacies vendent parfois des paquets de chips...

* Les gens qui doublent dans les files d'attente alors que vous êtes vous-même dans la queue.


        «  Le voyage est un retour à l’essentiel. » Proverbe bulgare

Album photo par ici

samedi 16 août 2014

Trujillo et Chiclayo

Coucou,

Nous sommes le 7 août et nous arrivons à Trujillo, ville de la cote nord du Pérou après une nuit dans le bus. Le taxi nous dépose devant notre pension, nous hésitons à sonner car il est 6h30 mais bon, on ne va pas rester dehors. Une petite grand-mère vient nous ouvrir en robe de chambre, nous souhaite la bienvenue et nous dit que nous sommes gentils car nous ne la réveillons pas à 4h30 comme le font certains touristes... Elle est vraiment adorable !

Le jour même, après avoir déposé une montagne d'affaires sales (et qui puent) à la laverie, nous prenons un minibus pour visiter les Huacas del Sol y de la Luna (temples). Nous commençons par le musée qui est récent et vraiment bien fait mais les photos sont interdites... Il retrace la construction des Huacas par les Mochicas (ou Moches) et expose de nombreuses céramiques, art dans lequel les Mochicas excellèrent. Les couleurs, la variété et la finesse des traits des personnages modelés démontrent une maîtrise impressionnante ! Chaque dessin sur les céramiques permet de retracer un peu de l'histoire et de l'organisation de ce peuple. Il y a même un canard guerrier qui nous fait bien rire ! Des moules ayant été utilisés pour faire les poteries sont également exposés.

Bien que tous les sites archéologiques aient étés abondamment pillés par les huaqueros (pilleurs de tombes), tous les objets ne sont pas tombés entre leurs mains.

On vous a déjà parlé des Mochicas, ce peuple du nord du Pérou occupant la région autour de Trujillo entre 100 et 800 après JC.

Après le musée, direction les Huacas. Seule la Huaca de la Luna se visite, l'autre est malheureusement à l'abandon, faute de moyen.

La Huaca del sol depuis la Huaca de la Luna
En effet, l'état péruvien a refusé de payer un centime pour aménager, entretenir et fouiller le site. Ce sont donc des fonds privés (donations notamment d'une grande marque de bière péruvienne) qui permettent au site de continuer à exister et une école d'archéologie a été créée en parallèle, les étudiants fouillant le site et servant également de guides. 

Ces "pyramides" sont impressionnantes et entièrement en brique d'adobe (terre) ce qui explique qu'elles aient "fondu" lors des pluies torrentielles pouvant durer plusieurs mois, provoquées par El nino (la dernière fois en 1998).

Pour la Huaca del Sol, près d'un tiers de l'édifice a disparu. On estime que pour le construire, il a fallu 140 millions de briques... On a du mal a imaginer que cela ait été bâti par l'homme, on dirait juste une grande colline. 


Notre guide est remonté ! Il en veut aux Incas et au Machu Pichu d'accaparer toute l'attention alors qu'il estime que certaines cultures (dont la Mochica) sont au moins aussi intéressantes. Il est fâché également contre les gringos qui arrivent avec une fausse vision hollywoodienne des cultures andines (peuples sanguinaires, guerriers, "barbares"), point de vue qui selon lui aurait été développé depuis la conquête afin de justifier cette "oeuvre de civilisation". Il est également en colère contre la religion chrétienne qui a substitué au Dieu mochica Ai-Apaec (dieu des éléments et représenté par des animaux) un Dieu que personne n'a vu, qui vient du Moyen-Orient et qui est représenté comme un gringo blond aux yeux bleus... (Bref, il est pas content !)

Le Dieu Ai-Apaec
Il nous explique que les noms "del sol" et "de la luna" sont pour le folklore. Ce sont les espagnols qui, voyant deux temples, ont décrété à tort qu'il y en avait forcément un pour la lune et un pour le soleil. En fait, il préfère les appeler Huacas de los Moches. Le temple "du soleil" est en fait le bâtiment administratif et celui "de la lune", le religieux. Entre les deux temples se trouvait une véritable ville avec ses différents quartiers. Les maisons à l'entrée du site ont été construites et peintes telles que devait l'être celles de la ville de l'époque.


C'est le temple de la lune que nous visitons et qui est un peu plus petit. Construit en plein désert, il a été agrandi 6 fois sur près de 6 siècles. Chaque nouvelle construction se superposait à l'ancienne et était plus large et plus haute. Aujourd'hui, le dernier niveau a presque complètement disparu. La structure fait 228 mètres par 136. Pour les archéologues, c'est un énorme travail car ils doivent dégager les temples couches après couches. 
Le Huaca est situé au pied du Cerro Blanco qui devient argenté lorsque la lune est pleine.


Certaines fresques ont été parfaitement préservées car recouvertes dès l'époque Moche. Elles sont impressionnantes de finesse et de couleurs, elles représentent le Dieu Ai-Apaec. 


En contournant le site, nous arrivons sur une partie qui a été entièrement dégagée et nous admirons les superbes frises qui composent les 5 niveaux restant sur 41 mètres de hauteur. Les couleurs sont encore présentes et l'ensemble est grandiose.


Chaque étage est composé d'un motif propre : les guerriers et les vaincus au premier niveau, les danseurs au-dessus, puis un animal mythique mi-araignée, mi-crabe, le Dieu de la pèche (nous sommes à 6 km de la mer) et enfin, un autre animal mi-serpent, mi-félin. Le dernier niveau qui n'est plus visible était composé de serpents, de lézards, du dieu de la montagne et de processions de guerriers.



Au pied du mur, on peut également observer la fresque des mythes où sont représentés tous les aspects du riche imaginaire Moche. 


Les Mochicas procédaient à des sacrifices humains tous les 30 à 40 ans lorsque survenaient des événements climatiques exceptionnels. Deux des plus forts guerriers étaient alors choisis, ils se combattaient dans le désert et le perdant, alors dénudé et attaché était condamné. Le sacrifice se déroulait en privé et seul le sang du défunt était présenté au peuple et versé sur le sol afin d'apaiser la terre. On pense que c'est suite à de longues et importantes inondations que les dirigeants moches ont perdu leur influence car incapables de calmer les Dieux, le peuple s'est alors détourné de leurs croyances causant la fin de l'union de la région. 

En attendant le bus pour rentrer à Trujillo, nous observons les gardiens des temples qui s'ébattent joyeusement ! Ces chiens sans poils (chien nu du Pérou) ou presque (certains ont une petite crête rousse sur le crâne) sont ici depuis la période Mochica et sont mêmes représentés sur certaines frises. Le gouvernement a décidé qu'il devait y en avoir un au moins par site. Ils sont parait-il très chers, endémiques du nord du Pérou et interdits à l'exportation... et très laids...


Après une bonne nuit, nous prenons un collectivo puis un taxi pour visiter une nouvelle série de constructions en adobe mais plus récentes car datant de la période Chimu, édifiées entre 850 et 1 500 après JC. 
Le premier temple est celui de Huaca Arco Iris ou temple du dragon (ou de l'arc-en-ciel). Construit au XIIe siècle, il est plutôt bien préservé malgré le passage del Nino en 1983 car il n'a été découvert que dans les années 60 et était enseveli auparavant. Il est situé au milieu des faubourgs de Trujillo. Un mur d'enceinte de 2 mètres d'épaisseur entoure un terrain de 3 000 m² où se trouve une structure sur 2 niveaux qui culminent à plus de 7 mètres de haut. Des motifs d'arcs-en-ciel sont répétés symbolisant la pluie et la vie, on pense que le temple était dédié à la fertilité.



De grandes structures carrées servaient à accueillir les offrandes.


Le second temple est la Huaca Esmeralda et a été découvert un plus tôt et a donc également subit les dégâts causés par El Nino de 1925... Afin de le conserver, du béton a été coulé par dessus les murs... on peut difficilement faire plus moche... On y trouve cependant des motifs relatifs à la mer comme des filets de pêche, des vagues, des poissons et des oiseaux. 



Nous visitons ensuite un musée assez vétuste et mal fait, le peu d'objets qui s'y trouvent ne sont pas mis en valeur. Une série de reconstitutions en carton-pâte grandeur nature donne une vague idée de ce qu'à pu être la vie sous les Chimus. Les touristes sont tous des Péruviens qui adorent ces reconstitutions et qui nous demandent s'ils peuvent nous prendre en photo devant avec leurs enfants... Ils pourront dire qu'ils ont vu des gringos, ça fait un peu drôle d'être l'attraction du musée ! 

Enfin, nous visitons le plus impressionnant site Chimu, la capitale Chan Chan. Construite vers 1 300, elle couvre 28 km² et était la plus grande ville précolombienne avec environ 60 000 habitants. Construite entièrement en adobe, elle a aussi subit les assauts répétés d'El Nino. Comptant 9 quartiers, nous ne visitons qu'une infime partie qui a été restaurée et aménagée : le palais Nik-An (ex-Tschudi). Après avoir franchi le mur d'enceinte de 4 mètres d'épaisseur, nous arrivons dans la cour des cérémonies où les frises sur les murs sont superbes et bien restaurées.



Le mur extérieur est également très beau avec un motif ondulant représentant les marées et surmonté par des poissons. Des oiseaux marins sont également représentés.


Nous entrons ensuite dans les salles d'audience dont on ne connaît pas bien la fonction. Les décorations murales sont sûrement les plus impressionnantes et les plus variées du site. On retrouve encore de nombreux motifs relatifs à l'océan.



Nous passons par une seconde cours de cérémonie pour atteindre une immense citerne qui servait à alimenter le palais royal.


Enfin, la visite se termine par une salle d'assemblée composée de 24 niches servant de sièges.



Nous sommes une fois de plus fascinés par la richesse culturelle de ce pays !

Après ces visites, direction la plage de Huanchaco ! Agréable petite cité balnéaire, elle est réputée pour ses spots de surf et ses bateaux traditionnels en roseaux : les caballitos de totoro qui servaient pour la pêche et aujourd'hui, surtout à promener les touristes ! Ces "radeaux" n'ont une durée de vie que de quelques mois et doivent donc être régulièrement refaits.



La plage est agréable et peuplée de nombreux oiseaux : pélicans, fous et cormorans se prélassent avec nous au soleil !




Après cette agréable promenade, nous poursuivons notre route vers le nord à Chiclayo (3 heures de bus). Nous en profitons pour déguster les spécialités locales : riz au canard et cabri en sauce, un délice !

A quelques kilomètres (Lambayeque) se situe un des plus beau musée du Pérou, le Museo Tumbas Reales de Sipan inauguré fin 2002.


Ici se trouvent regroupés tous les objets découverts dans les tombes de Sipan de la culture Mochica. Les objets de 3 tombes importantes sont exposés ici : celle du seigneur de Sipan, celle du vieux seigneur de Sipan et celle du Sacerdote (prêtre). Nous passons des heures à écarquiller les yeux devant tous ces trésors absolument sublimes et présentés dans l'ordre de leur découverte. Les photos ne sont pas permises mais vous pouvez allez faire un tour sur le site du musée pour vous donner une idée (Museo Tumbas Reales). Les mots manquent pour décrire ces splendeurs.

Le seigneur a été enterré avec tous ses bijoux et son entourage : son épouse "officielle", deux autres jeunes femmes, un garçon, un chef militaire, un porte étendard, deux gardes, deux chiens et un lama. Tous ont été sacrifiés à la mort du seigneur. Chaque objet semble plus somptueux que le précédent et le tout est très bien présenté : boucles d'oreilles d'or, d'argent et de turquoises, plastrons, colliers de milliers de perles en coquillages, couronnes, sandales... tout est finement travaillé et démontre la maîtrise exceptionnelle de la métallurgie et de l'orfèvrerie par les Moche. Les pièces ont été admirablement restaurées par une équipe allemande et péruvienne. 
La tombe du seigneur a été reconstituée afin d'avoir une idée de son organisation. Des vitrines exposent également une série d'objets récupérés aux États-Unis par la CIA dans les valises d'un ambassadeur du Panama et destinés à être vendus à des collectionneurs privés pour plus d'1,6 million de dollars. 
A la fin de la visite, une reconstitution animée grandeur nature donne l'impression de vivre à l'époque Mochica. 
Ce musée est vraiment exceptionnel et exemplaire dans la façon de présenter à la fois les objets, les différentes étapes des fouilles et le travail fastidieux des archéologues. Bref, on s'est régalé ! 

Nous quittons alors la cote pour nous diriger vers la selva après avoir traversé les Andes grâce à un bus de nuit. Prochaine étape, Chachapoyas et le peuple des nuages.

Album photo par ici