vendredi 3 avril 2015

La Java des volcans

Comme prévu, notre chauffeur vient nous chercher à 22h à la guest house. Nous voici donc en route pour le Gunung Merapi. Gunung est le mot indonésien pour volcan et Merapi signifie feu, on pourrait donc traduire le tout par la montagne de feu. Il y a deux volcans Merapi sur Java, l'un proche de Jogya et l'autre tout à l'est que nous nous contenterons de voir de loin.

Le volcan s'élève à 2 930 mètres et il est considéré comme le plus actif des 127 volcans d'Indonésie en activité. La dernière grosse éruption en 2010 a fait 353 victimes et nécessité l'évacuation de 360 000 personnes. Cependant, les terres très fertiles de ses pentes attirent toujours autant d'habitants et la densité de population est de 700 hab./km². Tous les ans, les descendants de la famille royale de Yogya viennent faire des offrandes pour apaiser le volcan. 

Pour entreprendre l'ascension, nous empruntons le versant nord qui est le plus facile et le moins dangereux, la lave s'écoulant sur son côté sud. Le 4x4 nous dépose dans le petit village de Selo après 1h30 de route de montagne. 
Nous partons avec un petit groupe d'une dizaine de touristes et 3 guides sur les coups d'une heure du matin. Équipés de nos frontales, le chemin est tout de suite très raide et certains partent comme des fous mais ils vont rapidement le regretter... Nous marquons plusieurs pauses un peu trop longue à notre goût. En effet, nous préférons marcher doucement mais sans trop s'arrêter pour ne pas se refroidir. 
Tout le monde tire un peu la langue et le manque de sommeil se fait sentir. Après deux bonnes heures de montée, la pluie s'invite à la fête. C'est d'abord un petit crachin puis cela devient une pluie assez forte. Nous sortons nos imperméables et continuons à grimper, nous avons attrapé une bonne suée déjà donc nous sommes trempés dessous et ne tarderons pas à devenir trempés dessus. Nous arrivons finalement au replat (Pasar Bubrah) avant la dernière grosse montée sur les coups de 4h30 du matin. Nous sommes à 2 500 mètres d'altitude, la pluie ne s'arrête pas et le vent est assez fort. Nous tentons de nous réchauffer comme nous pouvons mais ce n'est pas évident. Les guides décident de ne pas poursuivre l'ascension car dans ces conditions, la dernière partie peut se révéler dangereuse. 

Nous attendons donc le lever du soleil avec impatience en sachant que nous risquons de ne pas voir grand chose. Vers 5h du matin, le ciel commence à s'éclaircir un peu et quelques percées dans les nuages nous permettent d'apercevoir le paysage lunaire qui nous entoure. 
La vue reste bien bouchée et nous ferrons que deviner le panorama exceptionnel vu sur certaines photos. Malheureusement la récompense n'est pas à la hauteur de l'effort. Dommage, on ne peut pas gagner à chaque fois !




Nous commençons à descendre et il faut faire attention car avec la pluie, le chemin est assez glissant, d'ailleurs Sylvain en fait les frais. Juste un peu en dessous du replat, le paysage passe de lunaire à luxuriant et tout devient vert ! Le retour est beaucoup plus rapide et nous croisons de nombreuses personnes qui vont travailler sur les terrasses à flanc de volcan. Ils y cultivent des concombres, des tomates, des carottes, des oignons, des choux... Nous retrouvons un peu de chaleur et cela fait du bien !


Finalement, le plus beau panorama sera depuis la terrasse du parking où nous attendons la navette... Le ciel s'est dégagé et la vue sur le Gunung Merbabu (3 142 m) et au loin sur le Gunung Sumbling est superbe.



Nous redescendons au village et prenons un petit déjeuner bienvenu sur une terrasse au soleil ! Cela fait du bien de sécher un peu. 

Nous sommes finalement de retour sur Yogja vers 11h du matin et nous nous écroulons de fatigue une bonne partie de la journée. Elise en profite pour tester le massage balinais, bienvenu après une journée d'effort, d'autant qu'il comprend un peu d'étirements.

Pour le lendemain, c'est une longue journée de minibus qui nous attend. Nous partons vers 8h30 du matin en direction de l'est et arrivons 12 heures plus tard à Cemoro Lawang, le dos en miette et un peu collant de transpiration mais au pied des volcans !

Il ne fait vraiment pas chaud car nous sommes déjà en altitude et, après une bonne douche et un bon nasi goreng (riz sauté), nous nous réfugions sous les couvertures. 

La nuit est courte puisqu'à 3h30 du matin, nous sommes déjà debout et embarquons dans une jeep. Notre chauffeur nous conduit jusqu'au Gunung Penanjakan afin de pouvoir observer le lever de soleil le plus célèbre d'Indonésie, celui sur le volcan Bromo. Il y a beaucoup de monde mais nous arrivons à trouver une bonne place sur les balustrades. Nous découvrons le paysage au fur et à mesure que l'aube se lève. C'est d'une beauté surréaliste.




Nous dominons l'immense caldera du Tengger qui mesure plus  de 10 kilomètres de diamètre. Trois volcans émergent d'une mer de nuages au milieu de la caldera : le Kursi (2 581 mètres), le Batok (2 440 mètres ) et le cône fumant du Bromo (2 392 mètres).


Ces sommets au milieu des cendres et du sable noir entourés par les hautes falaises formant les lèvres du cratère est sans doute à inscrire parmi les plus beaux paysages de notre voyage. Au sud, en toile de fond, le Gunung Semeru domine du haut de ses 3 676 mètres. Ce volcan très actif est le point le plus haut de Java. 


Après en avoir pris plein la vue, nous retrouvons notre chauffeur qui nous conduit cette fois au milieu de la caldera afin que l'on puisse monter sur le cratère du Bromo. Au pied du volcan, de nombreux habitants (les Tenggers) proposent des chevaux pour effectuer l'ascension. Tous ces équidés se promenant au milieu de la brume dans la caldera donne une ambiance assez surnaturelle. 




Les habitants du bord du volcan sont des hindous qui sont venus se réfugier ici lors de la conquête musulmane au XVIe siècle. Ils ont construits un temple qui honore le volcan et l'ogre qui, selon la légende, aurait creusé la caldera avec une moitié de noix de coco. Tous les ans au moment de la fête de Kasada, les hindous viennent jeter de l'argent, de la nourriture et parfois même des poulets vivants à l'intérieur du cratère pour apaiser le volcan. 


Pour atteindre le rebord du cratère, nous gravissons 253 marches. La vue de là-haut est superbe et l'on aperçoit le cratère abrupte d'où s'échappe une épaisse fumée qui sent le souffre.





Après quelques minutes de contemplation, il nous faut déjà redescendre. La jeep nous amène jusqu'à l'hôtel où nous prenons le petit-déjeuner sur la terrasse au soleil. 




Nous embarquons ensuite à nouveau dans un minibus en direction de Sempol Village, dans l'extrême est de l'île de Java. Après 7h30 de route aussi harassantes que celles de la veille, nous voici arrivés dans un superbe hôtel avec piscine et vue sur les montagnes. Nous sommes entourés de verdure et le calme de l'endroit incite à rester plus que la seule toute petite nuit que nous allons y passer. 


Lors du dîner, Elise demande à notre chauffeur à quelle heure nous devons partir. Celui-ci nous informe qu'il faut être prêt à 2h du matin. Nous sommes surpris car sur le programme, il est indiqué 1h. Sylvain demande donc à nouveau à la réception qui confirme l'horaire donné par le chauffeur. 
Sur les coups d'1h15, un guide vient frapper à la porte, nous réveille et nous demande si nous sommes prêts... Un peu pris de court, nous sautons dans nos habits et nous précipitons dans le hall. Le chauffeur nous demande où sont nos gros sacs à dos car, contrairement à ce que l'on nous avait dit, nous ne repassons pas par l'hôtel... 

Nous faisons nos bagages dans la précipitation et Sylvain oublie ses sandales de randonnée. 

Après environ 1h30 de route, nous arrivons au pied du Gunung Ijen, "la montagne solitaire". Malgré son nom, il n'est pas si solitaire que cela car le plateau sur lequel il se trouve compte deux autres volcans : le Merapi (2 800 m) et le Raung (3 332 m). Le Ijen, bien qu'actif, n'est plus entré en éruption depuis 1936. Il est célèbre pour son lac (le Kawa Ijen) et son souffre qui est exploité par quelques 300 mineurs, uniquement des hommes. Leur journée commence vers 2 heures du matin afin de profiter de la fraîcheur de la nuit. Ils montent la pente extérieure du cratère avec leurs deux paniers "doubles" puis descendent sur le sentier escarpé qui mène au bord du lac.


Ensuite, ils décrochent des blocs de souffre à l'aide d'une barre-à-mine au milieu des émanations toxiques. Leur seule protection consiste souvent en un unique morceau de tissu qui couvre le nez et la bouche.  


Ils remplissent ensuite leurs deux paniers des blocs de souffre et parcourent le chemin en sens inverse. Il faut environ 4 heures pour effectuer l'aller-retour donc 8 heures pour les deux paniers.


Si l'on ajoute le temps qu'il faut pour extraire le souffre, la journée de ce travail terriblement éprouvant s'élève à 10 heures. 
Chaque mineur transporte entre 60 et 80 kg de souffre par voyage...  Une fois redescendu, les mineurs procèdent à la pesée. Pour un kilogramme de souffre, le mineur reçoit 900 rupiah soit 6 centimes d'euros. Les mineurs travaillent 6 jours sur 7, sans indemnité en cas de maladie, ni retraite. Les problèmes de santé sont récurrents et ils sont souvent forcés d'arrêter ce travail relativement jeunes.

Un rapide calcul permet de connaître leur salaire, autour de 230 € par mois... 

Le souffre est utilisé dans la cosmétique, pour la production de médicaments, d'engrais et d'insecticides. 

On ne peut s'empêcher de penser aux mineurs de Potosi en Bolivie. Le continent n'est pas le même mais les conditions infernales de travail sont proches.

Le sentier est bon mais monte raide et relativement longuement. Après 1h30 d'ascension, nous atteignions le rebord du cratère et commençons à apercevoir les "feux bleus". Il s'agit des vapeurs toxiques que les mineurs font brûler pour limiter les émanations. Le spectacle est assez impressionnant bien que difficile à rendre en photo. Les mineurs sont déjà au travail et nous en croisons beaucoup.



Nous descendons prudemment jusqu'au lac où certains mineurs recueillent dans des petites bouteilles du souffre liquide qui coule dans des tuyères.


Ils le versent ensuite dans des moules plastiques et vendent le résultat aux touristes pour se faire un peu d'extras. Nous craquons pour un petit crabe ;-)


Elise remonte assez tôt pour avoir le temps de retourner à l'hôtel afin de récupérer les chaussures oubliées. Elle en profite pour admirer le superbe lever de soleil depuis le sommet du cratère. Sylvain s'attarde un peu au bord du lac qui, parait-il, se met à bouillonner quand l'activité du volcan augmente... baignade interdite évidemment ! 




En remontant, nous croisons de nombreux mineurs qui nous demandent si nous voulons un souvenir ou si nous pouvons leur donner une cigarette mais toujours avec un grand sourire. Ils sont tous de gros fumeurs. Nous tentons de soulever un de leur panier mais impossible de se mettre debout tellement la charge est énorme. 






La vue sur les autres volcans est impressionnante, la région est très verte et peu peuplée. Le Gunung Raung gronde au loin environ toutes les minutes. Le guide explique que c'est la lave qui remonte dans le cratère mais pas assez haut pour que l'on puisse la voir.


Sur le chemin du retour, Sylvain a la grande surprise de croiser Elodie et Sophie qui entament l'ascension. Il est drôle de se dire que 4 mois après s'être vu à Phnom Penh, nous nous retrouvons complètement par hasard à plusieurs milliers de kilomètres de là. Nous n'avons pas beaucoup de temps pour discuter mais on se promet de se contacter par mail car elles poursuivent leur voyage dans le même sens que nous, vers Bali et Lombok.  

Une fois proche du parking, Sylvain assiste à la pesée des paniers. Le plus lourd pèse tout de même 86 kg ! Quand l'on pense au sentier escarpé et très raide pour remonter le cratère, on se demande comment ce travail est possible... 



Finalement, après 2h de moto (1h aller, 1h retour), Elise revient sans les chaussures... En fait, c'est le gars de la sécurité de l'hôtel qui les a ramassées et est parti entre-temps travailler dans les plantations de café et bien sûr il n'est pas joignable par téléphone pour savoir où il les a mises. Du coup, elle a fait tout cela pour rien. 

Après le petit déjeuner, nous partons en minibus jusqu'à Ketapang. Après 3h de route, nous arrivons à l'embarcadère des ferrys pour rejoindre Bali. Une heure de bateau plus tard, nous sommes à Gilimanuk où nous trouvons un bus pour nous déposer à Pemuteran, notre première étape à Bali. 

A bientôt !

jeudi 2 avril 2015

Jogyakarta

Nous arrivons à Yogyakarta après 23h, un taxi nous dépose à notre hôtel, qui porte bien son nom "Cabin Hotel".
La chambre est minuscule, nous avions opté pour des lits jumeaux, sauf que le deuxième est en réalité un lit gigogne et une fois déplié, nous ne pouvons même plus ouvrir la porte, la pièce est pleine (très rassurant en cas d'urgence).

En allant à la salle de bain, qui est commune, Sylvain se fait aborder par un mac qui lui propose les services de ses filles. Charmant !
En fait, l'hôtel propose également des formules où il est possible de payer la chambre à l'heure, du coup, il sert d'hôtel de passe...

Demain matin, c'est sûr, on se sauve de là !

En plus, on se fait réveiller à 7h par quelqu'un qui frappe à la porte. Le temps de se rendre à l'hôtel et de s'installer et il était déjà 1h quand nous nous étions couchés. Donc pas très réveillés, nous replions le lit pour pouvoir ouvrir la porte. En fait, c'est le petit déjeuner, qui consiste en une lunch box très moyenne en plus (tout ça pour ça, grrrrrr !).

Donc première mission de ce matin : trouver un autre hôtel.
La seconde : trouver un guide de l'Indonésie.
Nous trouvons donc un petit hôtel "normal" tout proche de la rue principale, mais dans une rue perpendiculaire plus calme. Il y a une charmante petite cour intérieure avec salon pour se poser. Cela fera parfaitement l'affaire !

Concernant le guide, nous trouvons une librairie qui en vend d'occasion et celui que nous trouvons est très récent en plus. Nous voilà donc outillés pour organiser les prochains jours.

Nous en profitons également pour glaner quelques informations sur des excursions pour les volcans Merapi, Bromo et Ijen.

L'après-midi pointe déjà le bout de son nez et nous n'avons pas encore déjeuner. Grâce à notre guide tout nouvellement acquis, nous trouvons une bonne petite adresse où la cuisine est délicieuse et très bon marché.

Nous nous apprêtons à aller visiter les sites culturels de la ville, quand nous nous rendons compte qu'en fait tout est fermé l'après-midi, ce qui nous étonne dans une ville aussi touristique. Et nous comprendrons pourquoi le lendemain...

Nous passons donc au point d'information touristique, qui lui est ouvert et nous donne moult renseignements utiles. Le personnel est vraiment adorable, et il semble y avoir peu de visiteurs ici, car tous les employés se mobilisent lorsque nous entrons.

Nous réfléchissons à ce que nous voulons visiter, lorsque tout à coup un énorme orage éclate. Il se met à tomber des cordes de façon très très intense, et là, c'est parti pour des heures.
Nous nous regardons avec Sylvain, impressionnés par la quantité d'eau qui est tombée en une minute, sous les regards amusés des hôtesses du point d'information, qui nous demandent : "Mais vous n'avez pas de la pluie comme ça en France ?" (heu, parfois en montagne mais pas aussi longtemps et de façon si intense). Elle nous dit de faire attention car quelques jours plus tôt, quelqu'un est décédé car un arbre qui lui est tombé dessus à cause de la foudre. Rassurant, non ?

Du coup, nous décidons de passer le reste de l'après-midi bien à l'abri dans la chambre.

Le soir la pluie s'est calmée quand nous décidons de ressortir pour assister au spectacle de marionnettes d'ombre donné au musée.

Devant la petite salle de spectacle se tient une échoppe où des messieurs sont en train de ciseler les marionnettes. Elles sont faites en peau de boeuf/buffle séchée, finement ciselées et ensuite peintes à la main. Bien sûr, ils nous proposent d'en acheter.

Atelier de marionnettes
Avant peinture

Nous pénétrons ensuite dans la salle, où un orchestre de gamelan (musique traditionnelle javanaise et balinaise) répète pour le spectacle.


Et puis, nous ne remarquons même pas quand le spectacle démarre car il n'y a pas d'interruption entre la répétition et le début du spectacle.
Le monsieur le plus au fond agite des marionnettes, mais nous sommes surpris car nous les voyons du côté peint et pas du côté ombre, côté envers du décor en fait.
Le monsieur de la billetterie arrive et nous dit que nous pouvons nous déplacer de l'autre côté de la salle, devant le rideau pour voir les ombres, et que nous sommes libres de nous déplacer comme bon nous semble tout au long de la représentation.

Les marionnettes de la représentation
Ce que ça donne en vrai le théâtre d'ombre.
Alors c'est qui le gentil ???
L'envers du décor côté marionnestiste

En entrant dans la salle, nous avons reçu un petit livret qui raconte l'épisode que nous allons voir ce soir.
Il s'agit d'une représentation du Ramayana, qui normalement se joue toute la nuit jusqu'au petit matin, mais là, ils ont choisi de le découper en épisodes qui se jouent quasiment chaque soir de la semaine et ne durent "que" 2h.

Et 2h, croyez-nous, c'est vraiment long !

Il faut déjà un certain temps pour lire de livret, tellement il y a de personnages dans le Ramayana, avec lequel nous ne sommes pas familiers. Mais cela permet de comprendre quelle partie de l'histoire nous allons voir, il s'agit de l'épisode 7 dans lequel 2 ennemis s'affrontent.

Bon ok, on a compris l'histoire, sauf que les marionnettes se ressemblent toutes et qu'on ne sait pas qui est qui.
 Il est vraiment dommage qu'il n'y ait pas une courte introduction pour au moins présenter les marionnettes jouées le soir-même.

Du coup, ça donne 2 marionnettes qui se tapent dessus pendant 2h, et franchement, autant nous détestons faire ça, mais nous avons craqué au bout d'1h45.

Dehors il s'est mis à retomber des hallebardes avec des éclairs qui strient le ciel de bleu (pourvu qu'on ne se prenne pas un arbre !).

Nous avions lu que les gens avaient trouvé le spectacle ennuyeux, et nous avons compris à notre tour pourquoi. Cela reste vraiment hermétique pour des novices et ne représente pas forcément la meilleure introduction au Ramayana.
Enfin sur le livret, l'histoire reste intéressante, la musique étonnante et les marionnettes sont tout de même jolies. Mais 30 minutes semblent amplement suffisantes.

Nous arrivons trempés à l'hôtel, le pantalon bleu d'Elise lui a même déteint dessus, du coup, elle se retrouve avec des jambes de schtroumpfette. ;-)

Le lendemain matin nous sommes récupérés à 5h à l'hôtel, car nous avons prévu d'aller assister au lever du soleil au fameux temple de Borobudur, l'un des sites archéologiques majeurs d'Asie du Sud-Est.
Construit il y a 1 200 ans par les souverains de la dynastie Sailendra c'est, aujourd'hui encore, un centre majeur du bouddhisme indonésien. Il a fallut acheminer et sculpter 60 000 m3 de pierre pour sa construction.
Avec le déclin rapide du bouddhisme en Indonésie, le temple est abandonné peu après son achèvement avant d'être redécouvert en 1815 par le gouverneur de Java. Ce sont finalement les hollandais qui, au début du XXe siècle, entreprennent sa reconstruction. La structure commençant à s'affaisser, de gigantesques travaux financer par l'Unesco (25 milliards de dollars) permirent dans les années 1970 de stabiliser le terrain.

Il fait encore un peu gris et nous espérons pouvoir tout de même profiter un peu du panorama.
La route pour s'y rendre est assez jolie avec ses rizières...

Arrivés sur place, nous nous empressons de gravir les marches du temple pour essayer d'entre-apercevoir le lever du soleil (c'est un peu raté avec les nuages) et d'éviter la foule, car le temple est très populaire et attire donc de nombreux touristes, y compris locaux.
Mais finalement, ça va, il n'y a pas foule en haut.

Borobudur




Malgré la grisaille, le panorama est splendide ! Nous sommes entourés par les volcans et, par chance, il n'y a pas trop de brume (contrairement aux visites en pleine journée).

On ne peut s'empêcher de repenser à Ankgor ou même Bagan, tant il se dégage une impression de grandeur dans une ambiance assez mystique.

Le temple a pour base un carré de 118 mètres de côté sur lequel se trouve 6 terrasses carrées surmontées de 3 étages ronds.

Vue d'ensemble du temple


Nous faisons le tour de l'étage le plus haut lorsque que nous sommes abordés par deux petites étudiantes de 17 ans (on leur en aurait donné 14) qui nous demandent si elles peuvent converser un peu avec nous car elles doivent pratiquer leur anglais.
Elles sont vraiment toutes mimi et un peu timides aussi.
On trouve cela courageux d'aborder des gens qu'elles ne connaissent pas et dont l'anglais n'est pas toujours terrible. Mais les profs devraient peut-être faire ça en France aussi, envoyer leurs élèves dans des endroits touristiques pour qu'ils s'exercent.
Donc, nous discutons un petit moment ensemble et à la fin nous remplissons leur cahier d'anglais pour attester qu'elles nous ont rencontrés, nous devons même mettre une appréciation, que nous avons choisi de tourner en encouragement.

Au sommet du temple se trouve un stupa et ensuite ce sont 72 stupas ajourés qui sont sur les trois premiers étages et qui renferment chacun un bouddha.






Les étages inférieurs sont trop étroits pour accueillir des stupas, mais les murs sont magnifiquement gravés et étaient jadis peints. Le monument symbolise la vision bouddhiste du cosmos.
A la base se trouve une série de reliefs figurant un monde dominé par les passions.
L'étage supérieur représentent les scènes de la vie javanaise en 1 212 panneaux sculptés (navires, éléphants, musiciens, danseurs, guerriers...).
Le 3e niveau décrit le rêve de la reine Maya, une vision d'éléphants blancs à six défenses. Les derniers étages circulaires représentent la montée jusqu'au nirvana éternel.
Nous retrouvons également une tête de dragon gravée, qui servait de fontaine et que nous avions découverte avec nos parents au musée national de Bangkok qui en possède un exemplaire.
Nous savourons donc tour à tour les décors de chaque étage.


La tête de dragon découverte au musée national de Bangkok

Les fresques sculptées


Des groupes scolaires indonésiens affluent petit à petit sur le site et les enfants et jeunes étudiants nous demandent régulièrement de nous prendre en photo.

Des jeunes étudiantes avec Elise

A un moment donné nous entendons chanter, il s'agit en fait d'un groupe d'occidentaux adeptes du bouddhisme qui semble faire un voyage pèlerinage. Ils marquent donc régulièrement des arrêts pour se recueillir tous ensemble.

Les bouddhistes occidentaux

Après cette chouette visite nous retournons à l'hôtel finir notre nuit.

Pour le déjeuner, nous nous rendons sur un petit stand de rue, histoire de pouvoir mieux faire connaissance avec la cuisine locale. ;-)


Nous commandons un gado-gado. Il s'agit de légumes verts cuisinés dans une feuille de bananier avec des épices, du tofu, des pousses de soja et de l'oeuf, c'est très bon.

Un monsieur charmant vient s'asseoir à notre table, il parle très bien le français qu'il a appris grâce à l'Alliance française.
C'est vrai que c'est l'une des particularités de notre pays d'avoir des bureaux un peu partout dans les grandes villes du monde pour faire rayonner la langue de Molière et la culture - parfois, il y a même un délicieux restaurant de chez nous au même endroit, on en avait testé un à Sucre en Bolivie ;-)

Nous lui disons que nous sommes étonnés de voir tous les sites touristiques de la ville fermés l'après-midi.
Il nous explique que du fait qu'ici la culture soit majoritairement musulmane, on libère les gens l'après-midi pour qu'ils puissent se rendre à la mosquée à 17h pour la prière la plus importante. Voilà, le mystère est donc résolu.

Nous avons rendez-vous à 14h pour nous rendre au temple de Prambanan, situé à une vingtaine de kilomètres de là.

Nous souhaitons assister au coucher du soleil, ainsi qu'au spectacle de danse traditionnelle qui se joue avec les temples en arrière plan.

Peu après notre arrivée sur le site, c'est reparti pour les pluies torrentielles de l'après-midi. En quelques minutes, nous pataugeons littéralement autour des temples.

Par contre, on a trouvé un service hyper malin, en effet, des jeunes hommes se baladent sur le site et proposent de louer des parapluies. Nous avions bien pensé à nos vestes de pluie, mais n'avons pas l'équivalent en pantalon et il pleut tellement que nous décidons de prendre chacun un parapluie. Et le jeune homme nous dit qu'il nous attendra à la sortie pour les récupérer (chaque parapluie est identifié pour retrouvé son propriétaire).
Cela ne coûte que 10 000 Rp (soit 70 centimes d'euros) et c'est vrai que c'est plutôt malin de profiter de l'afflux touristique pour se créer un petit boulot annexe utile. Ils doivent cartonner durant la saison des pluies, même si à présent, celle-ci touche plutôt à sa fin.

L'ensemble de Prambanan fût édifié au milieu du IXème siècle, environ un demi-siècle après Borobudur, mais on sait très peu de choses de ses origines.

Abandonné pendant des années et tombé en ruine, le site fût un peu dégagé en 1885, puis en 1937 où les premiers travaux de reconstruction furent entamés.

L'enceinte extérieure renferme les vestiges de 244 temples du groupe d'origine. 8 temples mineurs et 8 temples majeurs se dressent dans la plus haute cour centrale.

Ensemble principal de Prambanan
Le temple principal est celui de Shiva, c'est aussi le plus grand avec ses 47 mètres de hauteur. Aux quatre points cardinaux se trouve des salles qui abritent chacune une statue : Shiva le destructeur avec ses 4 bras ; Agastya, ventru et barbu, qui est une incarnation de Shiva en professeur divin ; Ganesh, le fils de Shiva avec sa fameuse tête d'éléphant ; Durga, l'épouse de Shiva. Nous courons donc d'une salle à l'autre pour voir les statues et nous mettre à l'abri.

Temple de Shiva
Agastya
Ganesh



La pluie commence à se calmer, ce qui nous permet de profiter des magnifiques scènes sculptées qui ornent les murs dans l'enceinte intérieure de ce temple et qui représentent le Ramayana.




On sait maintenant d'où se sont inspirés les studios Disney pour le chat d'Alice ;-)

Nous visitons également les temples secondaires, situés de part et d'autre de celui de Shiva, dont celui de Vishnu (33 mètres de haut) et Brahma. On retrouve la Trinité hindoue.

Nous nous dirigeons ensuite vers le reste des temples qui forment d'autres ensembles.
Sur le chemin, des jeunes qui doivent travailler pour le spectacle qui se donne le soir ont improvisé une partie de foot, au menu, glissade et aquaplaning garantis. ;-)
Ils ont l'air de s'éclater et ça nous amuse beaucoup de nous arrêter quelques minutes pour les regarder.




Nous poursuivons notre chemin jusqu'à deux petits ensembles fort abîmés.
Nous finissons enfin par le temple de Plaosan qui est en partie sous l'eau aujourd'hui. 2 magnifiques statues de gardiens géants (dwarapala) ornent l'entrée. A part un stupa qui a été restauré, le reste n'est plus qu'un amas de pierres impressionnant.
La nuit commence à tomber petit à petit, donc nous nous empressons de faire le tour du temple principal de ce nouvel ensemble.





Nous sommes attendus à la sortie dans quelques minutes donc le temps presse.

Nous avons choisi d'assister au spectacle de danse traditionnelle qui se joue en plein air et avec les temples en arrière-plan en guise de décor.
Malheureusement, la pluie s'est invitée au spectacle ce soir également donc celui-ci se jouera à l'intérieur.

En arrivant, nous demandons où il est possible de dîner et on nous propose le restaurant face à la scène de plein air qui est hyper chic. Et quand on demande s'il n'y en a pas un autre, on nous répond que non.
Du coup, on s'éloigne un peu et redemandons à un autre monsieur à la sortie du parking, qui décide même de nous accompagner jusqu'au warung (petit restaurant local) qui n'est pas si loin. Nous dînerons donc d'un classique nasi goreng (riz sauté).

Dans la salle, nous sommes vraiment bien placés, au premier rang sur les places de côté, tellement bien situées que des Japonais placés au dernier rang des places les plus chères s'y étaient installés.

Du coup, pendant le spectacle, nous sommes tout proches des danseurs.
Il s'agit à nouveau d'une représentation du Ramayana (le même thème que le théâtre de marionnettes d'ombre), mais cette fois-ci, le livret est beaucoup détaillé et en plus deux écrans géants permettent de suivre l'histoire en anglais et en javanais, au cas où on n'aurait pas compris qui est qui.
Ce soir, il est beaucoup plus aisé d'identifier les personnages grâce aux costumes, à leurs couleurs, leurs maquillages. Du coup, c'est tout de suite beaucoup plus intéressant.







Et en plus, les danseurs sont excellents. Il y a même des enfants dans la troupe, filles comme garçons. Les petites filles jouent les petits personnages féeriques de la forêt et, plus tard, ce sont les petits garçons qui font leur entrée sur scène pour incarner les singes du royaume des singes évidemment. ;-)

A l'entracte, les personnages principaux n'ont pas de répit car ils se prêtent au jeu des photos. Ils sont vraiment très agréables et pour une fois on décide de jouer les vrais touristes en prenant la pose avec eux. Ça nous fera un souvenir sympa.


Les costumes sont vraiment somptueux et même s'il s'agit d'un spectacle pour touristes, celui-ci est de grande qualité. Il n'est tout de même pas commun d'avoir des danseurs de ce niveau dans les spectacles dits pour touristes.
Nous passons donc une excellente soirée qui, de plus, nous a réconciliés avec le Ramayana. ;-)

Le lendemain matin, nous nous reposons puis cherchons une agence pour pouvoir nous rendre aux volcans Merapi, Bromo et Ijen.

Le soir même, nous avons rendez-vous à 22h pour partir escalader le Merapi.

A très vite pour de nouvelles aventures volcaniques.

Album photo par ici